© 2017 Biennale Internationale Saint-Paul de Vence

Isabelle Giovacchini

Géomancie, 2018

Marbre, sel, quartz, peinture et résine sur plaque de pierre bleue, bois

87 x 112 x 82 cm

Courtesy de l’artiste

Œuvre installée grâce au soutien de Jérôme Avenoso
(Marbrerie de la Madeleine)

née en 1982. Vit et travaille dans la région niçoise.

 

Diplômée en 2006 de l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles, Isabelle Giovacchini a participé à de nombreuses expositions, notamment au FRAC Languedoc-Roussillon (Montpellier), à la galerie Xippas (Paris), à l’Espace de l’Art Concret (Mouans- Sartoux), au CCC (Tours), au Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain (Nice),
au Centre Photographique d’Ile-de-France (Pontault- Combault), au Centre d’Art Bernard Anthonioz (Nogent-sur-Marne), au FRAC Franche-Comté... 

Plusieurs expositions personnelles lui ont été consacrées, à la galerie Isabelle Gounod (Paris), la Biennale d’Art Contemporain de Bourges, à l’Espace À VENDRE (Nice), à la galerie des Jours de Lune (Metz). 

Sollicitant une gestuelle faite d’effacements et recouvrements, de coupes et d’assemblages, elle expérimente à partir d’images imprégnées par la science, la narration, l’immatériel. Pour la Biennale, Isabelle Giovacchini réalise Géomancie, une sculpture de sel et de marbre posée sur une plaque de pierre. En prenant pour origine « le fait qu’en puissance, la mer Méditerranée est autant un immense lac salé qu’une chaîne montagneuse », elle a retourné ce lac imaginaire pour dresser son double en négatif. 

Géomancie : Divination par la terre. 

« Comment te dire le bleu profond de cette mer ? C’est du saphir, mais du saphir vivant ; [...] Et la crête de cette houle de saphir est faite en poussière de diamants liquides, qui s’envole comme une aigrette légère, à travers laquelle le soleil fait passer l’arc-en-ciel. »
 Marcel Schwob, Le Voyage à Samoa – Lettres à Marguerite Moreno, le 24 octobre 1901 à 10h du matin sur le paquebot Ville de la Ciotat. 

Pour les personnes qui connaissent la mer uniquement du point de vue des côtes océaniques, le spectacle de la mer Méditerranée a quelque chose de confondant du fait de son calme. Les océans viennent se cogner contre les reliefs du littoral, comme pour le remodeler, et la mer Méditerranée se tient là, presque trop paisible. Ses vagues peuvent prêter à sourire pour qui a croisé d’autres étendues. Quasiment refermée sur elle-même, elle ressemble à un grand lac salé. 

C’est par ses rebords et ses fonds que la Méditerranée est animée. Elle vit à cheval entre deux plaques : au Nord, l’Eurasienne, au Sud, l’Africaine. Elle est de fait à la fois unie et divisée, apparemment lisse mais en perpétuel mouvement jusque dans ses fondements. 

Au gré des tremblements de terre et des séismes, la croûte terrestre qui la tapisse change de forme ; une chaîne montagneuse submergée se crée hors de notre vue. Les Alpes se sont formées de cette façon. On y trouve encore des fossiles pour témoigner de cette ère révolue. 

À l’Ouest, la Méditerranée s’ouvre sur l’océan Atlantique via le Détroit de Gibraltar. Un jour, les plaques Eurasienne et Africaine rentreront encore une fois en collision, et Gibraltar disparaîtra pour laisser place à un lac. 

Du fait de la montée des températures et de l’évaporation de l’eau, celle qui le constituera sera très dense et salée. Il ne faut pas pousser l’imagination très loin pour anticiper et se représenter, bien plus tard, un immense bassin contenant en son centre un nouveau massif montagneux qui un jour poindra et le divisera jusqu’à ce que toute l’eau disparaisse, faisant place à un paysage pétrifié. 

Pour la Biennale internationale de Saint-Paul de Vence, Isabelle Giovacchini a répondu à la thématique « Média-terra », la mer entre deux terres en prenant pour point de départ le fait qu’en puissance, la mer Méditerranée est autant un immense lac salé qu’une chaîne montagneuse. Elle contient déjà en son sein cette forme qui ne demande qu’à être révélée. 

Elle a souhaité retourner la Méditerranée pour en faire une île montagneuse. L’artiste a réalisé, en imaginant le relief de ses fonds marins, un modèle réduit de sa masse. 

Sa forme est délimitée par les contours actuels de la Méditerranée, refermés de façon à oblitérer le Détroit de Gibraltar. Elle a posé le négatif obtenu sur une plaque de pierre bleue incrustée de fossiles de coquillages. L’ensemble est maintenu en hauteur comme d’une table d’orientation qui présenterait un paysage, invisible mais peut-être à venir.