© 2017 Biennale Internationale Saint-Paul de Vence

Morgane Tschiember

née en 1976 à Brest, Finistère. Vit et travaille actuellement à Paris. 

 

Matière, couleur, espace et mouvement sont, pourrait-on dire, les quatre maîtres-mots du travail de Morgane Tschiember. Questions essentielles s’il en est, presque définitionnelles des arts que l’on nomme plastiques, elles trouvent une dimension immersive dans les pièces, souvent monumentales, de la Française. 

 

Matière 

Il y a à l’œuvre chez Morgane Tschiember, un matiérisme — loin de celui, purement pictural, défini par Tapié — pragmatiste. Nous sommes, devant ses pièces — et d’ailleurs plus souvent dedans, tant elles se donnent comme des environnements à expérimenter — face à, et donc aussi au cœur de, la matière. Ce sont les qualités intrinsèques des matériaux auxquelles elle s’attache et qui l’inspirent. De cet empirisme, elle a fait le moteur de ses recherches mais aussi la sensation première à la réception de son travail. Ici, aucune théorie n’est imposée au spectateur ; nous sommes guidés par un donné sensoriel, plastique, formel, et seules les questions inhérentes à notre présence face à l’œuvre nous parviennent à l’esprit : des rapports de poids, de force, de surfaces, des rapports colorés, des rapports d’ombre et de lumière...

 

Couleur 

À l’origine était la peinture, dans l’histoire de l’art comme dans celle du travail de Morgane Tschiember. La peinture, et pourtant, jamais toiles ni pinceaux n’ont fait leur apparition dans l’atelier de l’artiste. « Je me bats contre la peinture, mais elle sait être là » dit-elle. Couleurs pures, brillance, matité, transparence, opacité, oppositions franches et dégradés se mêlent dans cette œuvre protéiforme qui finalement ne parle que de cela. 

 

Espace 

Si la peinture est, pour Morgane Tschiember, avant tout un rapport à la lumière et à l’ombre, elle est aussi un rapport à l’architecture. Nous sommes à la fois dans une relation d’envergures, celle de l’espace et celle de l’œuvre, et dans une réduction à l’essentiel. 

 

Mouvement 

Le plan et le volume se résolvent la plupart
du temps dans le mouvement : mouvement des Iron Maiden qui ploient sous leur propre poids, s’enroulent sur eux-mêmes ; mouvement des lames de Swing qui se courbent pour suivre la ligne des murs et du sol ; mouvement sous-entendu des Rolls qui a créé les traces de cette lutte picturale ; mouvement interne aux Bubbles, celui du souffle qui leur a donné forme ; mouvement des Pop Up, même, qui semblent surgir des murs ; mouvement, enfin, du corps de l’artiste, dans une performance dansée improvisée au MOMA devant Three Panels d’Ellsworth Kelly. À la fois peintures volumétriques et volumes peints mais pas seulement ; la terminologie pour qualifier les œuvres de Morgane Tschiember est insuffisante, les mots nous manquent. 

 

Aude Launay, extrait de « Contre-étude de la concrétude » publié dans le numéro 62 de la revue 02. 

En hommage à Joan Miró, Morgane Tschiember réactive l’action minimale et radicale que Joan Miró fit à La fondation Maeght : tracer une ligne tout en se promenant, sans jamais perdre le fil... 

“There’s always been this problem of how to make colour and how to deal with it as a thing in itself, just as the material is.”

(Donald Judd), 2018

Installation Pigments d’algue

Courtesy de l’artiste et de la Galerie Loevenbruck